![]() © Ernest Pignon-Ernest |
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Un piaffé de plus dans l'inconnu avec Bartabas et Horizonte (lusitanien de 9 ans) Dernière soirée de l'Académie expérimentale des Théâtres 10 décembre 2001 Théâtre du Rond-Point |
Un piaffé de plus dans l'inconnu
à Michelle Kokosowski
| c'est pour saluer au final ce qui est sans fin une perspective libre et cavalière où nous sommes présents déjà peuplés de mille parcours anciens déjà jetés à tous les vents déjà revenus repartis abandonnés conquis impatients en un temps qui conjugue les mots les souffles les âmes mortes les âmes vives comme le voulait Mandelstam quand il rêvait l'irruption d'un verbe à cheval |
en nous à jamais il y a |
de scènes primitives en tréteaux de foire de cabarets en chapiteaux de plateaux dédorés en pistes de poussière montent les songes de la vraie vie réel soudain à l'infini qui nous force les yeux qui nous ouvre les lèvres paroles d'oracle mon dieu paroles de roi mon ombre paroles d'amant mon double paroles de gueux mon frère |
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| j'entends ce qui se risque à vif la phrase électrocutée l'éclair et le ressac la syncope la chute l'harmonie insensée comme la chevelure d'une tête brûlée qui prend feu et ne se consume pas il y aurait donc encore de la résurrection dans l'air une marge aimantée qui détraque les boussoles pour un phénix aux ailes noires hors norme et affranchi des cendres |
l'action ne tient pas le compte de ses actes elle déborde coulisses cour ou jardin cela se donne en conscience comme une mise en pièces un traité d'inconfort une pensée sur le fil ou à côté du fil ou au dévers du vide c'est une force qui va une alarme qui bat une traversée toujours à l'œuvre liée au plus secret du commun des mortels et des dieux |
qu'on l'escalade ou le chevauche le dernier horizon se change en départ incessant destin cambré tout en principes sans aucune précaution regard lucide témoin de jeunes soleils blessés course éblouie dans un écart de lumière mais d'allure hautement ralentie et le roulement du cœur au rythme des sabots |
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| car il est un honneur de basmatch d'hommes des steppes des déserts et des longues errances un honneur qui n'a plus cours que dans la voix qui veut rendre gorge et se voue à une autre voix manifeste est la poésie équestre toute en reprise maîtrise et muscle qui crée l'amplitude de son chant autant qu'elle s'oblige à battre la terre comme la peau d'un tambour pour un poème que je nomme à la Zingaro |
nous sommes ici peut-être à la sortie d'un cycle en amont d'un chaos si vaste qu'il n'est plus d'autorités qui vaillent de pouvoirs qui se respectent ni de murs vraiment debout alors s'il n'y a plus de porte à qui rendre les clés plutôt suivre le sillage d'un centaure qui s'efface plutôt décider sur un coup de dés d'habiter cavalièrement le monde pour un piaffé de plus dans l'inconnu |
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Ernest Pignon-Ernes
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