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Adonis |
Silhouette du vent, il marche dans l'abîme.
Adonis compose les psaumes de celui qui a fait du temps son désert et de l'espace
sa folie. Il va au cœur du chant, dilapidant les héritages, effaçant les frontières,
écoutant le soleil, caressant l'ombre, accueillant la lumière des nuits et
s'arrêtant pour renaître au bord d'une source de sang.(…)
Sans attache, parce que déraciné ; sans repos, parce que fils de l'inquiétude
et d'une histoire massacrée ; sans illusion, parce que voué à la vision lucide,
âpre et nue ; sans faiblesse, parce que revenu des au-delà de l'enfer, Adonis
s'abreuve aux étoiles excessives qui égarent plus qu'elles ne mènent aux lieux
saints. Sa poésie, hors de toute obédience doctrinale, continue d'interroger
et de décaper. Elle aborde, par accélérations successives et sursauts incantatoires
le thème d'une identité poétique et humaine, thème inexploré depuis la mise
en garde coranique. Ici se cherche l'être même de la parole, entre ruines
et enfance, éloignements et sang, amour et légendes.
" La poésie
a sa politique, sa réalité, dit Adonis. La
poésie est son propre chemin, son unique but. Elle est le monde."
Et ses poèmes
sont comme des aimants coupants qui orientent, éclairent et blessent. Adonis,
qui sait ce que l'urgence du désespoir vent dire, parie toujours sur l'horizon
des horizons, sur celui qui se révèle au-delà, celui qui porte au-delà, celui
qui exige de s'évader hors de soi.
Où qu'il demeure, c'est dans l'éphémère. À Beyrouth, ou à Paris depuis
1986, il cerne le présent, les chausse-trapes du présent, les aveuglements,
les misères insoupçonnées, mais aussi les traces de la beauté. Cheminement
du désir dans la géographie de la matière,
attire les spectres ,les rumeurs d'un nouvel exil. On dirait une déambulation
à la périphérie de l'être et du cœur.
Je sais, l'invisible est cette rose,
l'invisible est cette femme,
et le visage est l'envers du ciel
je sais, nuage par nuage
mes ciels remontent des paradis terrestres,
bienvenue alors à l'histoire
et à ses atomes de poussière,
l'éphémère, comment peut-il désespérer
alors que le vent est son chemin
"Il est
un secret, un inconnu, dit Adonis. Je
suis lié à cet inconnu." Et il évoque
Urwah ibn Al-Ward, comme s'il était son double surgi du fond du temps…
"Il resta où le désert était autre épaule
pour l'aider à supporter la mort et laissa à qui aime l'avenir une portion
du soleil macérée dans le sang d'une gazelle qu'il appelait : " ma bien-aimée
". Il avait passé avec l'horizon un accord pour en faire sa dernière demeure."
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