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Et puis, il y a Luca, sa présence, sa voix. Présence fragile, frémissante, en rupture, et voix au timbre roulant, venue des confins balkaniques, qui lutte à bout de chant contre une langue par trop commune, jusqu'à reprendre souffle à force d'essoufflement. Il y a aussi sa main libre, celle qui ne tient pas le livre et n'a que le vide pour appui. Luca dit sans emphase, sans effet, alors même qu'il accepte l'épreuve du don total de soi et d'une profération qui s'arrache à sa masse sonore. Il dit dans un vertige, fouille son labyrinthe, mange, malaxe, maltraite, mitraille, caresse, exalte les consonnes, les voyelles, les phonèmes, relance ses rythmes, dévale ce qui déraille, tangue au creux du gouffre verbal pour renaître plus ardent après les naufrages, avec entre les dents cette goutte de néant volée aux grands fonds, à l'obscur et à la mort. GHÉRASIM LUCA Héros-Limite et de Préface d'André Velter
Poésie/Gallimard |
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