Corps
d'extase
avec
une eau-forte et onze lithographies
d'Ernest Pignon-Ernest
Les Amis du Livre Contemporain
2004
![]() Ernest Pignon-Ernest étude pour Marie-Madeleine (détail) |
POUR L'AMOUR
DE L'AMOUR Elles sont
pâmées, livrées, ravies, enfiévrées,
languissantes et pures. |
Ce livre ne s'apparente
pas à un acte de foi. Son origine vient d'un questionnement, d'une fascination,
et sans doute du vertige qui ne peut qu'emporter ceux qui entendent évoquer,
penser, comprendre, figurer un phénomène aussi troublant, aussi
dérangeant, aussi insensé que celui de l'extase.
Pour un peintre qui a toujours fait du corps l'objet et le sujet de ses explorations,
pour un poète qui a toujours voulu s'affranchir des frontières
d'un réel trop étroit, la rencontre autour d'une thématique
de cette nature relève à l'évidence autant d'une quête
que d'un défi.
Comment représenter ce qui ne se peut voir ? Comment dire ce qui n'appartient
qu'à l'indicible ? Comment faire images de chairs qui aspirent à
se désincarner? Comment capter les traces, les effets, les lumières,
les ombres, les soupirs ou les cris d'expériences ineffables ? Comment
restituer par des traits et des mots de tels transports, de tels excès,
de telles effractions sublimées?
Les preuves de l'union mystique ne se donnent jamais que sur le théâtre
du monde, et ce spectacle contrarie l'accord en plénitude des cœurs,
des souffles, des esprits et des âmes qui, pour s'accomplir, ne requiert
ni scène, ni décors, ni répliques. La pâmoison témoigne
sans doute de l'oraison, mais l'oraison est ailleurs, et au delà.
Pourtant c'est un mystère qui n'a cessé d'obséder les artistes,
de les séduire aussi. Peintures, sculptures, poèmes, apologues
ou récits s'attachent depuis des siècles à saisir la merveille,
à forcer l'interdit, à favoriser, dans le champ du visible, l'accès
à l'invisible, comme à mettre sur la peau des reflets d'éternité,
et aux lèvres des cantiques à chavirer les anges.
Tenter l'impossible dans l'orbe de femmes inouïes, qui firent d'abord scandale
ou que l'on prit pour folles avant de les béatifier ou de les sanctifier,
voilà, après bien d'autres aventures complices, qui se devait
de nous passionner.
Interroger quelque temps ces saintes embrasées, espérer partager
leurs visions, goûter même à distance à leurs ravissements,
ne laisse aucunement indemme. Leur désir, leur ferveur, leur énergie
qui, littéralement, brisent les amarres terrestres pour un amour absolu,
sans fin et sans nom, recèlent, par delà toutes croyances, pouvoir
d'illumination et de révélation.
E. P.-E. & A. V.
Extases
Gallimard, 2008
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